Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké : la préservation de l’héritage et le balisage du chemin tracé par Cheikh Ahmadou Bamba à travers le Magal du 20 Mouharram
Contexte
Le Magal du 20 Mouharram, célébré chaque année à Darou Khoudoss, est bien plus qu’une simple commémoration du rappel à Dieu de Cheikh Ahmadou Bamba. Il constitue un moment privilégié de transmission de son héritage spirituel, éducatif et social. Cette célébration rappelle également le rôle déterminant joué par son fils aîné, Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des mourides, qui eut la lourde responsabilité d’assurer la continuité de l’œuvre du fondateur du mouridisme après sa disparition en 1927.
Alors que l’administration coloniale pensait que la disparition de Cheikh Ahmadou Bamba entraînerait l’affaiblissement du mouridisme à travers des conflits successoraux et l’éclatement de la communauté, l’histoire démontra exactement le contraire. Grâce au leadership de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, le mouridisme entra dans une nouvelle phase de consolidation, d’organisation et de développement. Le Magal du 20 Mouharram constitue aujourd’hui l’une des expressions les plus éloquentes de cette œuvre de préservation.
Un héritier préparé à une mission exceptionnelle
Né le 11 Mouharram 1306 de l’Hégire (17 septembre 1888) à Darou Salam, Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké reçut très tôt une solide formation religieuse auprès de grands maîtres de son époque. Après l’apprentissage du Coran auprès de son oncle Serigne Ndame Abdourahmane Lô, il poursuivit ses études auprès de Mame Thierno Birahim Mbacké avant d’être directement formé par son père, Cheikh Ahmadou Bamba.
Cette éducation lui permit d’acquérir les connaissances religieuses, la sagesse, la discipline et la maîtrise spirituelle qui feront de lui le successeur désigné du fondateur du mouridisme. Selon la tradition mouride, Cheikh Ahmadou Bamba lui confia deux grandes missions : préserver son héritage et poursuivre la construction de la Grande Mosquée de Touba.
1927 : préserver l’unité après le rappel à Dieu de Cheikh Ahmadou Bamba
Le rappel à Dieu de Cheikh Ahmadou Bamba, en juillet 1927, constitua un moment décisif pour toute la communauté mouride. Dans un contexte particulièrement sensible, Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké fit preuve d’une remarquable maîtrise de soi. Grâce à son sang-froid, à sa discrétion et à son sens des responsabilités, il organisa le transfert de la dépouille du Cheikh de Diourbel vers Touba, conformément aux dernières volontés du fondateur.
Cet acte marqua le début d’un khalifat placé sous le signe de la fidélité, de la stabilité et de la continuité. Il permit d’éviter les divisions que certains observateurs coloniaux pensaient inévitables.
Préserver l’héritage par l’unité et le service
La première œuvre de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké fut de préserver l’unité de la famille de Cheikh Ahmadou Bamba et de l’ensemble des disciples.
Il choisit toujours la concertation, le dialogue et la fraternité plutôt que les divisions. Il prit également en charge l’éducation et l’accompagnement de ses frères et sœurs, veillant à leur formation religieuse, à leur installation et à leur autonomie économique.
Cette conception du leadership, fondée sur le service et non sur le pouvoir, demeure aujourd’hui une référence dans l’organisation de la communauté mouride.
Le travail comme moyen de préserver l’œuvre du Cheikh
Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké comprit que la pérennité du mouridisme passait également par son autonomie économique.
Sous son khalifat furent créés de nombreux villages et daaras tels que Tondodi, Santhie Khabane, Kaël, Neboji, Médina, Naydé, Darou Nahim, Taïf et Darou Bayla.
Ces centres n’étaient pas uniquement des lieux d’enseignement religieux ; ils associaient apprentissage du Coran, formation morale et travail agricole. Le travail y était considéré comme un acte d’adoration, conformément à l’enseignement de Cheikh Ahmadou Bamba.
Cette organisation contribua fortement au développement agricole du Baol durant les années 1930 et renforça l’autonomie économique de la communauté mouride.
La Grande Mosquée de Touba : symbole matériel de la préservation de l’héritage
L’une des plus grandes réalisations de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké demeure la relance de la construction de la Grande Mosquée de Touba.
Après avoir obtenu les autorisations nécessaires malgré les nombreuses contraintes imposées par l’administration coloniale, il mobilisa des milliers de disciples autour de ce projet.
Face aux difficultés logistiques, il organisa même la construction d’une voie ferrée reliant Diourbel à Touba afin de permettre l’acheminement des matériaux.
Le 4 mars 1932, il posa la première pierre de la Grande Mosquée. Malgré les interruptions liées à la Seconde Guerre mondiale, les fondations et une grande partie de l’édifice furent réalisées sous son khalifat.
Cette mosquée représente aujourd’hui le principal symbole matériel de la continuité de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba et du dévouement de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké.
Le Magal du 20 Mouharram : une école permanente de transmission
C’est précisément cette mission de préservation qui donne toute sa signification au Magal du 20 Mouharram.
Cette commémoration ne consiste pas uniquement à rappeler le décès de Cheikh Ahmadou Bamba. Elle constitue un moment de renouvellement de l’engagement des disciples envers les valeurs qu’il a enseignées : la foi, le savoir, le travail, la discipline, le service de Dieu et l’amour du Prophète Muhammad ﷺ.
Les conférences religieuses, les récitations du Coran, la lecture des Khassaïdes, les séances de dhikr, les actions sociales, l’accueil des visiteurs et la mobilisation des différentes commissions traduisent concrètement cette volonté de préserver et de transmettre l’héritage du fondateur.
Chaque édition du Magal rappelle que suivre Cheikh Ahmadou Bamba ne consiste pas seulement à honorer sa mémoire, mais surtout à vivre quotidiennement selon les principes qu’il a légués.
A retenir
L’histoire montre que Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké fut bien davantage que le premier Khalife général des mourides. Il fut le principal artisan de la consolidation du mouridisme après 1927. Grâce à son intelligence, son esprit de rassemblement, son sens de l’organisation, son attachement aux enseignements de son père et son engagement dans les grands projets religieux et sociaux, il a su préserver un héritage qui continue aujourd’hui d’inspirer des millions de fidèles.
Le Magal du 20 Mouharram apparaît ainsi comme la traduction vivante de cette mission. Chaque année, cette célébration rappelle que la meilleure manière d’honorer Cheikh Ahmadou Bamba est de poursuivre le chemin qu’il a tracé, chemin que Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké a balisé avec fidélité, sagesse et détermination afin qu’il demeure une source de guidance pour les générations présentes et futures.
